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June 16 Le Livre des JoursTu as dénudé le temps J'ai vu les jambes du soir Elles pleuraient dans le noir Les longs silences distants En volutes de lumière Ailes blanches sur pivot J'en ai humé le pavot Au long sabbat de sorcière Une rosée sans matin D'une conque baptistère Oh ! Céans ton ministère Gouttait de ta peau satin Un don de soi si fragile Que les givres se brisaient Mille éclats ivres brillaient Dans le tourbillon agile Du feu des reins la fatigue Posait son regard d'airain Sur le blanc métal d'étain Quand mon âme ainsi se ligue L'alliage de nos deux vies Désormais liées toujours Fonde le livre des jours Que tu pleures , que tu ries *** Toi qui tous mes voeux exaucesLent comme un sillon creusant Blanc de la pâleur d'un mot Vent, qui sans cesse écrivant Sur la toile d'un canot Tu es le creusement pur D'une ride en clair obscur Cercle concentrique glissant Onde d'un songe écarté Forclusion d'un droit estant Au tribunal de clarté Tu es le jugement sûr Le cachet d'imprimatur Un mouvement m'épousant Argile au tour du subtil Marée pleurant son jusant Lit découvrant son coutil Tu es le verbe blessure Des fils de soi, l'épissure Trame des drames spirales L'instinct tout en toi sachant Distinguant tout en moi les râles Chantre de mon plain-chant Tu es, de mon arc, voussure Autant mortier que fissure Tête de flèche silex Au penne, le temps, griffant Mon dura lex sed lex Rémige percée d'infant Tu es dents de diamants durs Blason des armes d'azurs Cris, de gorge déployée D'orge ou de blé la moisson Pris, de forge embrasée Fertile senteur, mousson Tu es sangs des reliures Livre imprimé de nervures *** L'Idée d'un FleuveRien qu'une métaphore En guise de sémaphore Rien que le cours tranquille D'une perle d'eau, d'un cil J'ai eu l'idée d'un fleuve Courant d'une onde impure Qui, usant jusqu'à l'épure L'alluvion sédiment Fertile de ce qu'il ment J'ai creusé un long fleuve Il n'est pas, il n'est plus Bréviaire d'un absolu Simplement fatigué A pieds secs on passe à gué J'ai pleuré tant ce fleuve J' en donne le concept A vous la nef, le transept Rien ne se perd, se crée Rien qui ne me soit sacré J'ai profané mon fleuve De la crue à l'étiage Passe et repasse mon âge S'y rouille mon outil Mon avenir englouti Me suis noyé au fleuve ... Ce pourquoi j'aime tant tes jambesD'abord et avant tout le modelé. Quand la lumière vient jouer. La caresse photonique, le pixel lissé, la courbe de mon espace-temps qui s'en trouve modifié, tout concourt à l'immanence d'un dessin qui s'oppose à la transcendance d'un dessein. Elles sont la clef de l'être, sa charpente et son branle, son équilibre et son élégance. Un lien aussi. Verticalité et angle, accent circonflexe, aigu ou grave qui souligne le chemin improbable qui conduit au triangle divin, bissectrice des désirs. Que le nylon ou la soie en artifice le galbe, qu'importe. Le collant les enferme jusqu'au sommet du ventre. Il est refus. Il est obstacle aux caresses, distance de la peau, voile imprescriptible qui ne laisse au toucher que la force de son poids. Le bas quant à lui entrouvre. Il laisse deux couronnes de chair dont il faut aller chercher le contact par un trajet qui soulève, un frisson qui trousse, un graal qui s'offre au bout d'une quête. Quand elles sont nues il leur faut un drapé. Un souvenir du classique. Un regard pour le percer, une visite. Et le jeu. Celui, incessant, de ce qui se montre ou se dérobe, le tissu comme substitut au geste, je suis alors spectateur des loi physiques. Aux mouvements qui les énoncent, le supplice du hasard perverti de ton bon vouloir convertissent l'envie en fusion, le gravide en liquide, l'attention en soupçon, le soupçon en colère, la colère en damnation achèvent l'alchimie du tourbillon. Le soleil peut bien en mordorer le grain, les huiles en adoucir la surface, la sueur en donner un goût, la chaleur une atmosphère, le talon aiguille en sculpter l'insolence, le regard seul en fait le piment de l'attente. Assise quand tu les croises, l'articulation du genou coordonne la subordination de la cuisse au bassin des délices. Et ta main qui se pose au sommet des deux arches entrecroisées, trône comme une fleur coupée, un nénuphar singulier qui s'y enracine. Alors je finis par trouver le secret sacré. Je sais d'où te vient ton sourire. CouronneIl ne me reste plus qu'à mordre le vent A tordre l'étang des roseaux d'occident La raison me troue à coups d'effervescence A creuser mes joues et boire l'impatience A creuser mes joues et boire l'impatience Je me suis enivré à tuer le tant Tant et si bien je vais à l'or feuilletant Dans un temps plié feint d'une renaissance Dans un temps plié feint d'une renaissance La croix rouge sang calice le devant Devant une scène dont je hais l'absence Le désert de sans toi tartare souvent Le désert de sans toi tartare souvent L'attente rêvant sa propre opalescence En gouttes d'eau bleues se brûle l'indécence Il ne me reste plus qu'à mordre le vent Il ne me reste plus qu'à mordre le vent A creuser mes joues et boire l'impatience Dans un temps plié feint d'une renaissance Le désert de sans toi tartare souvent *** La BattéeQui des ormes dira le silence brisé Ciseau sur l'établi, copeau de chèvrefeuille Aux confins des oiseaux les sarments oubliés Gouge qui blesse tant, sève rouge du deuil Et de ces fruits amers qui portent la rosée Tenon, frère en mortaise à la saignée du seuil Quand meurent en gerbes jaunies les blés liés Un missel déposé sur un petit cercueil ... En L'AirElles dansaient en lames de couteaux Découpaient mon cœur en larmes de ciseaux... Leur dune était blanche dans la pénombre Le fouet de leurs courbes cinglait mes sangs.. Cela me durcissait.... Et quand tes mains de détresses se posaient sur elles, Elles s'ouvraient en papillon de nuit étoilée Pour battre au vent du désir Diaphanes à mes baisers... ... Fragments Fragment 1 Je croyais que les herbes folles qui ondulent sous le vent, jamais ne s'envolent au hurlevent. Je croyais que les semences du printemps sanctifié offrent sans fin des larmes de bleuets dans l'océan des blés. Je croyais, de la foi du charbonnier, je croyais les péchés lavés par la cendre couvée. Je croyais que jamais ne vieillissent les rires d'enfants, que jamais ne durcissent les peaux tannées de safran. Que les robes qui se dérobent m'enrobent de chagrin. Que la sueur qui me glace enlace mes destins. Que dans la glace s'esquisse le dessin. Je croyais que tu n'étais pas possible.Que tu n'existais pas. Que je t'avais inventée au gré de mes émois, que ma plume saignait sur le papier, les lignes rouges que les rêves crèvent aux nuages plombés. Je croyais que sans toi, sans loi je vivrais d'éternité. Je croyais être mon unité, en t'ignorant, toi ma moitié. Je croyais m'en être sorti, mais en moi tu es entrée. Je croyais te chercher alors que je t'ai trouvée... Fragment 2 Je n'ai pas de nouvelles de toi, le temps s'ennuie à te savoir absente. Il y a dans l'air le silence tout chargé de toi qui se devine à brûler ses vaisseaux. Il faut alors toute l'imagination des manques pour que se forme le début du rêve. Je me prête aux parfums qui émanent d'alentour comme un feu doux de cuisson. J'ai tes appétits et tes envies qui me montent aux sens qui s'aiguisent en couteaux de misère. A regarder le soleil pour savoir s'il te voit, à sentir le vent pour savoir s'il te caresse, à bénir la lumière pour savoir si elle te dessine je me perds à cuisiner mes madeleines. Au fond, je t'écris, sans cesse. Comme si les mots avaient du pouvoir, comme si les lire était incantatoire, comme si les relier tissait la mémoire du futur. Une télé qui ronronne à travers sa jungle et moi qui la contemple en cherchant la clairière où tu viendrais poser tes yeux. Le rêve qu'elle soit miroir plutôt que puits m'étreint d'une gorge serrée. Deux continents dérivent en s'éloignant. Centimètre par centimètre sur un tapis de lave en fusion, les immenses masses telluriques agitées de tremblements secoussent leur déclin au rythme de l'inexorable. Il faut demander les failles et les abysses qui nous rapprocheront, il faut des gouffres en bouches ouvertes pour engloutir l'océan qui se muraille d'horizon. Fragment 3 J'aime ce que notre amour m'enseigne. Il y a, derrière le sentiment sincère que l'autre est important, toute cette cohorte de ressentis que nous avons eu la lucidité de reconnaître. Admettre chez l'autre comme chez soi, tout ce qui se met en jeu, tous ces mécanismes complexes et intimes et les partager dans une honnêteté qui ne s'abuse pas de la crédulité du chant des poètes, tout cela conduit à vivre l'amour non pas comme un renoncement de soi mais une affirmation de soi. L'idée dictatoriale, selon laquelle l'Amour serait un sentiment sacré, mythique, dans lequel deux individus (et d'abord pourquoi deux seulement?) devraient se confondre, et finalement se morfondre dans une minéralisation de la coïncidence à l'idéal constitué par des siècles de tentatives de modélisation, cette idée est mortifère. Depuis la psychanalyse le théâtre d'ombres et de lumières est découvert. Les mécanismes narcissiques du désir, l'extrême conformisme du modèle résiste de plus en plus mal aux vagues pulsionnelles qui menacent l'ascèse que constitue la gageure d'un amour conforme, domestique, domestiqué oserai-je dire... Ce que j'ai appris de toi, de nous, de cet amour vécu, c'est l'harmonie recherchée et non pas imposée, l'affirmation de soi et pas sa négation, la liberté d'être et ses conflits nourriciers, le sublime de la construction contrapuntique, tellement plus riche et plus variée que l'unisson dont la morne lourdeur finit par emplir de vide le quotidien. Tu m'as prouvé qu'un amour, ça se fabrique. Et qu'il n'existe que dans cette fabrication. Une fois achevé, il meurt dans l'instant même. Sa vitalité il le puise dans l'incomplétude l'inassouvissement, la recherche des limites et la constante exploration de sa géographie. Mais pas la découverte d'un quelconque territoire commun qui n'existe que dans la fiction de le croire possible, mais bien l'introspection des deux éléments qui sont acteurs de cette construction. Le cœur devient alors révélateur. De soi à l'autre et de l'autre à soi. Et c'est de ce ressac incessant que nait l'écume de nos jours mouillés de l'embrun des larmes de sel. Elles brûlent et donnent soif. Cette soif inextinguible dont il ne faut pas chercher l'apaisement mais bien son exacerbation. Et comprendre l'ultime leçon. Le bonheur n'est en réalité que la somme des efforts pour l'obtenir... ... Chemins brûlantsSur les chemins brûlants Menant aux étés vides A se ronger les sangs Et se creuser, gravides Empourprés et dolents Pervers et innocents Leurs deux bouches moroses Baisers de vies encloses Mordent les dents de nacre Le ciel épousant l'âcre Quand les blés se sont couchés Sous la poix de leurs envies Le vent chaud les a crachés Comme deux pépins ravis Le chant lointain des feuillages Aux bosquets des pays mages Rythmait l'aguet du destin Sec des restes d'un festin Et les branches s'étendant Griffaient l'espace du temps Le souffle d'un oubli volé Le chant d'un oiseau protecteur L'odeur de pluie qui va tomber Ont bercé leur pauvre Alzeimher Les blés se sont levés d'un coup Effacant tous les pas de loup La terre les a mangé crus Au creux de ce sillon têtu Un coquelicot, un bleuet Veillent sur leurs os à jamais.. *** April 20 Ma Mie, Entends-tu Ma Chaconne? VillanelleMa mie, entends tu ma chaconne? Tambour de guerre chantonne Pour tout l'amour de mon Roy Entendez-vous sa chaconne? Au vent, l'étendard frissonne Sûr de son droit, de sa loy Tambour de guerre chantonne Et la mort, qui s'en étonne Jette partout son effroy Entendez-vous sa chaconne? Je pense à toi ma Mignonne Dans ma peur, mon désarroy Tambour de guerre chantonne Ta couronne de cretonne Pare mon beau palefroy Entendez -vous sa chaconne? Le canon de mon cœur tonne Et pour tout l'amour de toy Tambour de guerre chantonne Entendez-vous sa chaconne? *** Jacques Callot Les Misères de la Guerre *** Elle Est Fleur Coupée Qui se BlesseSon pied nu caressait les herbes Ses chevilles au vent chaud frissonnaient Ses genoux qui luisaient, superbes Entrouverts vers le feu fredonnaient La chanson des silex si dure La scansion que le sang innocent Pulse et bat campagne et cambrure Indécent compagnon renaissant Tissant en esprit de ses doigts Le tissu retroussé de sa robe Métissant des envies ses lois Déballant le cadeau que dérobe L'impudeur au labeur serpent Et son cri qui se tait de crier Circonscrit au triangle arpent Le passe partout serrurier Ses deux mains de la solitude En sujets déloyaux enivrés Explorant implorant l' étude Du rythme et des efforts délivrés Aux rayons dorés d'yeux fermés Le soleil la blesse d'une larme Des spasmes salés enflammés Qui viennent démordre son alarme Meurent en monotone vague Elle pleure son plaisir secret Au métal absent de la bague Qui s'enfouit au creux de son discret Les roseaux courbés sur sa peine L'érosion de la paix la fait jouir De son ventre étreignant l'étrenne Déjà libre et seule à en mourir Qui sait de quoi elle a rêvé Qu'importe le flacon de l' ivresse Comme un oiseau dès lors crevé Elle est la fleur coupée qui se blesse... *** Le Pantoum de l'Ayatollah, avec aquarelle de l'auteurCertains me disent ayatollah D'aucuns brandissent de noirs glaives Ma muse est au jardin d'Allah Parfumée d'essence de rêves D'aucuns brandissent de noirs glaives Et d''acharné il en est un Parfumée d'essence de rêves Sur l'autel bleu du grand festin Et d''acharné il en est un Le médiocre a la dent féroce Sur l'autel bleu du grand festin Je sers l'amour en sacerdoce Le médiocre a la dent féroce Il cherche un vieil os à ronger Je sers l'amour en sacerdoce Le vent ne me sert qu'à songer Il cherche un vieil os à ronger Car le cabot se croit molosse Le vent ne me sert qu'à songer Et le temps seul, lui, me désosse Car le cabot se croit molosse Debout, il garde un temple vide Et le temps seul, lui, me désosse Bien que l'espoir me soit gravide Debout, il garde un temple vide Ô ses murs sont sans fondations Bien que l'espoir me soit gravide Dois-je ployer en contritions? Ô ses murs sont sans fondations Battus par l'ombre des étoiles Dois-je ployer en contritions? Pas de croquis avant les toiles? Battus par l'ombre des étoiles Rejoint, poussière, l'infini Pas de croquis avant les toiles? Ma forme nait du défini Rejoint, poussière, l'infini Sans un corps, un os et sans moelle Ma forme nait du défini Se pose sur ma muse un voile Sans un corps, un os et sans moelle Va au tombeau du cancrelat Se pose sur ma muse un voile Certains me disent ayatollah... *** * The Macrame Owl Club* ** *** Au club de macramé On y patchwork le temps Les ventres sont usés De l'absence des mains Les vins de courte joie Vermeillent les étangs Où s'endorment les eaux Fétides Waterloo Les vins de courte vue Silencent les miroirs Où les viandes crues Dandinent leurs pompons Le fils du temps perdu La fille aux mains tendues Tracent au mieux possible Le loin, le sien, le leur Viendras-tu la musique Tout comme l'oiseau mot Découper le tragique De la vitre qui pleure Et le glas qui décompte Rien que pour un été La saison qui s'envole La monnaie de l'obole Prestation de sévices Langue qui sait couper Les malheurs d'artifices Sentiments distingués Un par un, ils s'en vont La peau couleur savon Le houblon qui demeure Là où tombent les flèches Les gris tissus se plissent Cris multicolores Les ombres s'en tapissent Et restent anonymes Et de cette impuissance Qui ne peut les nommer Dévore leur futur Biffés d'une rature Être est donc une chose Avoir, moins qu'un état La grammaire une arthrose Il faut choisir son temps Au club de macramé On y patchwork le vent Les ventres sont rusés De l'absence, demain... *** ** * Je t'Ecris de l'Autre RiveJe t'écris de l'autre rive Où l'océan qui s'irise Vient voler dans la lumière Ce qui reste de poussière Et ce qui reste de moi Qui ne vis plus qu'en ta foi Je t'écris de la dérive D'un continent qui s'éloigne D'un long rift mangeur d'esquif Plaie qui bée en palliatif Et le vent de tes baisers Chauffe ma peau d'alizés Je t'écris pour qu'il t'arrive Le soleil goutte de sang Se délitant d'aquarelle Que les nuages révèlent Sous le sommeil de ce vin Dont l'oubli s'avère vain Je t'écris pour qu'il se rive Métal de nos feux prochains Pétale de nos corolles Et nectar de nos alcools Au bûcher de nos promesses A l'autel vert de nos messes Je t'écris ce qui me prive De l'odeur de ton remord Car il faut que je l'inscrive Que je rennonce à l'esquive Que je sois fort et puis brave Quand sur mon corps il se grave Je t'écris faute de grive Les merles me sont moqueurs Leurs chants lentement me percent Leurs ailes d'ombre me bercent Leurs nids sont faits de roseaux Qui chantent tes pleurs d'oiseaux * ** Ta JambeTa jambe Ta jambe qui virgule Ta jambe déambule Au vestibule de mes envies Ta jambe s'épile Ta jambe s'empile Au pied de mon mur remaçonné Ta jambe si douce Ta jambe qui trousse Au tissu dérouté, ravaudé Ta jambe qui m'enjambe Ta jambe qui gingembre Fruit confit qui se confie sucré Ta jambe volage Ta jambe voilage Qui me grésille le cœur résille Ta jambe s'entrouvre Ta jambe découvre Le bouton de rouge opalescent Ta jambe qui glisse Ta jambe malice Mille délices remembrement Ta jambe béante Ta jambe géante M'ombre et me hante tous mes esprits Ta jambe baisée Ta jambe léchée Ô blasé ne me laisse jamais Ta jambe mouillée Ta jambe lustrée Qui rame au lit, soie donc dévorée Ta jambe Marquise Ta jambe banquise Qui tourne en rond tout de froid galbée Ta jambe brûlante Ta jambe si lente Arabesque au dessin sibyllin Ta jambe rétro Ta jambe Doisneau Je la prends en photo noire et sang Ta jambe lame Ta jambe flamme Se prend pour l'âme de mon violon Ta jambe liane Ta jambe Diane Savane déclame en vers brûlés Ta jambe en étau Ta jambe ciseau Burine mes mots au marbre blanc Ta jambe roseau Ta jambe réseau Dessine l'espace de l'instant Ta jambe tombeau Ta jambe repos Parenthèse mes rêves finis *** ![]() *** Je Saurai Rester DigneJe saurai rester digne Le crane battu aux vents Quand se creuse le fossé Qu'il faut serrer les dents Je saurai rester digne Un seigneur parmi les gueux Quand les gueux seront miens Et que les tambours sonneront creux Je saurai rester digne Aux digues des corbeaux Quand en vagues délétères Vacilleront les flambeaux Je saurai rester digne Comme l'arbre, comme le rocher Qui se meuvent en résistance Sous le pic, sous le bûcher Je saurai rester digne Comme un vieux cheval Égorgé, qui glisse sur la dalle D'un froid carrelage estival Je saurai rester digne Comme les cadavres vivants Nus, sur les tables Qui prennent les devants Je saurai rester digne A panser les égards blessés A baiser les mains qui se tendent Quand s'allongent les pas des ombres pressées Je saurai rester digne Dans tous les regards Dans tous les ventres Des trains de gares Je saurai rester digne * ** Mes Amis, Je Vous Pose la QuestionMes Amis, je vous pose la question En amour, dans cette noble fonction Les poètes sont-ils meilleurs amants? Les poétesses magique potion? Au jeu de l'amour valent-ils diamants? Leur plume couche bien sur le papier Avec talent une savante glose Mais au combat quel genre de troupier Sont-ils? Leur arme est-elle, lors, virtuose Font-ils les mots aussi bien que la chose? Et la chose aussi bien que l'émotion Dont-ils savent faire la transcription? Sont-ce des seigneurs, sont-ce des manants Donnent-ils plaisir, grande vibration Au jeu de l'amour valent-ils diamants? D'un mot, d'une phrase, prendre son pied Un vers ciselé, une apothéose Et les sens s' emportent en style pompier Mais au lit quand menace l'ankylose Trouve-t-on, perclus, son compte et sa dose? Et des caresses d'une extrême onction? Un frémissement de stupéfaction? Le temps d'un moment des prince charmants? Ou l'étang d'un tourment, la contrition? Au jeu de l'amour valent-ils diamants? Les oripeaux finissent au fripier Les belles phrases en pétales de rose Et les plaisirs de chair sont un guêpier A celui qui sait celer son arthrose L'ivresse chez lui n'est que couperose Et l'âge chez elle a fait destruction Quand tombent les masques en abjection Ou quand, miracle envoie au firmament Mais du masque à l'idéalisation Au jeu de l'amour valent-ils diamants? * ** March 23 CérémonieCérémonie De Champagne un filet s'écoulait sur tes seins Le temps en cavalier chevauchait nos montures En rivière il moussait par les quatre chemins Le printemps scarifié exhalait sa torture Qui crucifiaient ta peau d'un long ruisseau si froid Les âmes défroissées se griffaient de douceur Que ma langue rosée se tenait contre toi S'empoignaient les oiseaux, vol de martin pêcheur Cette source j'ai bu, les alcools volatils Ta jambe était fauve de fureur alizée Aux vapeurs d'âcreté, fort d'odeurs érectiles Le nénuphar grisé se perlait de risée Ont brûlé les fagots des deux bûchers païens S'irisaient les pistils aux deux lunes de bouche Aux flammes de santal se libéraient nos liens A l' incomplet archet d'une viole farouche Que le vin soit béni, que la vigne prospère Aux nefs sacrées du cep la serpe est délivrance Que ta pourpre saigne le suc divin d'éther Le chant des druides vieux s'étend comme une danse Que les bulles percent le liquide jauni Les glands des chênes d'or offerts au sacrifice Qui meurt dans le creux dru d'un triangle ravi Graal des preux chevaliers qui cherchent le calice *** Ballade des Bas de soieEn mil neuf cent vingt, au cœur des Cévennes Sont nés des bas de soie de jauge fine Vendus dans un magasin rue de Rennes Ils glissèrent sur Baker, Joséphine Entre deux revues nègres, longiligne Ses jambes de jais se gainaient de doux Son pied fut par le meurtre de cailloux Fort blessé en son bel escarpin droit Furent objet de fureur, de courroux Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie Sa camériste recueillit leur peine Puis raccommoda blessure rustine Et certains soirs à Saint Denis, La Plaine Sa tendre amie les mouillaient de cyprine Ou les empruntaient, au dancing Thirteen Pour un américain aux cheveux roux Écrivain de deux sous, lorgnons hiboux Hélas l'amour n'est pas ce que l'on croit Elle n'était pour lui qu'oie blanche et joujou Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie De désespoir elle épousa la Seine De son corps s' ôta les soies orphelines Un policier s'empara de l'aubaine Le soir les mettant, tuait les routines Crûment dans les bras d'amants de rapines Et les soirs de manifs, il était fou Frappait ainsi gainé de tout son saoûl Les rouges rageurs luttant pour leur droit Les bas frémissaient aux cris et aux coups Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie Se posa la croix gammée sur Vincennes De scotch blanc se zébrèrent les vitrines Et les noirs corbeaux régnaient sur nos plaines Ce flic hantant un Paris de latrines Avait, rue Lauriston ses moleskines Officiait en ravalant ses dégoûts Pour sauver son âme de ces égouts Il donna de bon cœur les bas de soie Elle portait de David l'étoile au cou Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie A vingt ans, l'étoile d'or si obscène Cousue, la rendait cependant divine C'est en marchant le long des quais de Seine Qu'on la prit dans une rafle assassine En trains à bestiaux son destin dessine Les mâchoires d'un trop immense écrou Qui la broie d'un effroi de gabelou Dans la chambre à gaz elle se tiendra droit Ses bas noirs s'uniront à mil dessous Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie Un bourreau les vola , mains de murène Un russe les prit au nom de Staline Pour une allemande qui fut sa reine Dans un Berlin désert brisé de ruine Ils s'usent, se lustrent ou bien se patinent Se trouent pour tenter de sortir du trou Ensemble ils se pendirent au vieux clou au mur planté, lézardé de gris froid De sang se tachèrent buvant son cou Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie Amnésiques entendez sans tabou La complainte des bas de soie qui joue De la mémoire le glas du beffroi Mangés aux mites, tout couverts de poux Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie! Je finirai comme VerlaineJe finirai comme Verlaine J'aurai vieillesse grabataire, cancrelat La barbe miteuse, les yeux sertis de larmes Allongé dans un lit me servant de tombeau Je vivrai de miasmes. Décrépit, un vieux bol Pour des cafés amers, qui m'accompagneront Luira dans le soir noir, où danseront les ombres Et deux vieilles putains dépouilleront mes vers En me les extirpant de caresses perverses Je hanterai le samu social fourgonné Je boirai des alcools qui sentiront l'aneth Je vomirai mon fiel, mes rancœurs mes regrets J'oublierai la mer, mes mères mortes, les grèves Le sexe usé, flétri, amnésique d'amants Le désir racorni, épuisé par les mantes Thanatos baisera lentement Libido Les seringues aiguës dévideront leurs doses Je manquerai de rêve et de souvenirs bleus Je saignerai sans trêve au cœur des veines creuses Me viendront des poèmes comme des crachats Des glaires de vers verts vous blessant comme échardes Ma langue sera désaxée, tordue, impie Hallucinée vaste comme sombres empires Ils me feront prince des poètes trop tard J'en jouirai dans l'agonie, déjà je m'en targue Porteront mon squelette en triomphe aux médias Aux lumières ma peau livide de vieux diable Consternera les gueux, effraiera les enfants Verront mes plaies suintantes coulant par mes fentes Habillant mon suaire j'aurai le diamant La perle sévère : ton sourire d'amante Tu seras mon dernier feu, mon dernier émoi Morte tu seras vivante en mon ciel de moire On se rejoindra là haut en ultime écho Faisant des nuages notre immortelle alcôve Ladislas Loevy: Verlaine sur son lit de mort **+** March 17 OctaveLe baiser se pose ainsi qu'une touche Sur le vermeil sanglant de tes doux cris L'ivoire du piano ouvre sa bouche Au son grave des silences écrits Sur le vermeil sanglant de tes doux cris Ma morsure est la mort sûre du temps Au son grave des silences écrits Le marteau sans trêve va saccadant Ma morsure est la mort sûre du temps De ce meurtre l'agonie se délice Le marteau va sans trêve saccadant Les accords harmonieux de son éclisse De ce meurtre l'agonie se délice D'une étreinte mortelle à ce désir Les accords harmonieux de son éclisse Retentissent, sonnant le mot gésir D'une étreinte mortelle à ce désir Mon ventre te donne des coups de grâce Retentissent, sonnant le mot gésir Les octaves cinglant dans l'air leur trace Mon ventre te donne des coups de grâce S'enflamme, de ton pubis le rubis Les octaves cinglant dans l'air leur trace Et s'éteignent en de sublimes sourdines S'enflamme, de ton pubis le rubis Brûlant en larmes de feux et d'envies Et s'éteignent en de sublimes sourdines Au chevalet de table d'harmonies Brûlant en larmes de feux et d'envies Le plaisir de nos corps enfin s'accouche Au chevalet de table d'harmonies Le baiser se pose ainsi qu'une touche ![]() La Leçon de piano. Jane Campion 1993 *** March 15 Kabbaleµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµ Je puise et je m'épuise Aux Orphées de la nuit Des rêves qui se brisent En d'étranges saillies Je roule et je m'enroule A la roue d'Ezéchiel La chrysolithe coule En larmes de ciel La Genèse s'écrit Sur le pourtour d'un œuf Séphiroth retranscrit Couronne d'un plus neuf Car l'harmonie de l'être S'exprime par les nombres L'Un divisé fait naître Et le monde et ses ombres L'ombre idéale éclaire L'amphithéâtre divin Lucifer en enfer Est devenu Malin Bien malin qui peut dire Si le rempart tiendra Dualité de cire Cachet de l'au-de-là Au matin l'hypostase Éclaire le débat En mystiques extases Au repos du Shabbat µµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµ « Vere, Tu es Deus absconditus, « Deus, Israël. » (Isaïe, 45, 15) -------------------- Il te Suffit d'être, OntologieIl te suffisait d'être Ornement Pour que le vent soit maître Du levant Que la lumière naisse Aubes blanches D'une robe qui blesse Tes deux hanches Comme des oiseaux blancs libérée Filant la harpe des vents déclamée Il te suffit d'être Si souvent Pour voir se soumettre Tous mes sangs En cœur d'allégresse La revanche D'un lin qui se tresse Et s'épanche Calme d'un étang Apaisé Au soir qui s'étend Si grisé Il te suffira d'être De tout temps Solide comme un hêtre le défiant Insensible aux détresses cœur étanche Bel ange ma diablesse qui déclenche D'un magnétique aimant attisé L'âme d'un mouvement attiré Il nous suffit d'être simplement... ********** Murmure intérieurMurmure intérieur Moi le poème audacieux J'entre en toi, dans ton silence Comme on entre dans les cieux Là où le cœur bat, s'élance Et me voilà dans ta tête J'y pulse sept fois par vers A un rythme qui s'entête A te prendre par revers Intimidé, je découvre Dedans ton fort intérieur La vieille porte qui s'ouvre Et qui mène vers le cœur Ton regard me fait survivre Le temps de ton attention Je te lis comme en un livre Et je me livre en passion Et j'entrevois tes secrets Les pleurs autant que les rires Lecture chargée d'effets M'habillant donc de leur cire Ce que je donne en parfums Couleurs à peine esquissées Tu le prends à tes fusains Dessin de lignes lissées Et je vis ma plénitude Dans l'intention que tu portes Au bout de la solitude Qui vers l'autre nous transporte Mais le temps vient, de ma fin Je vais mourir en ton creux Et ta mémoire m'éteint Même si je ne le veux... Relis moi, je renaîtrai Comme une voix familière Oublie moi, je disparais Comme un souffle délétère Non ! Je ne veux pas mourir! Mon auteur est trop cruel Il m'abrège pour sortir De sa pauvre ritournelle Sauve moi lecteur ! Licteur! Mon sort est entre tes mains Car si tu m'apprends par coeur Je vivrai encor demain... ... A tribute to Sam Peckinpah![]() A tribute to Sam Peckinpah 1925-1984 Au rythme des ralentis Dans un crépuscule qui s'avance Le vieil ouest s'éteint Dans une gerbe de sang Des hommes usés jusqu'à la corde Tout juste bonne à les pendre Marchent vers le couchant Les armes à la main Anarchistes et matamores Nihilistes jusqu'à la mort Qu'ils épousent debout Au chant de l'effort La tristesse d'un temps agonise La nostalgie n'est pas de mise Juste les tambours de la fin Broyés par un monde qui s'avance Et qu'ils ne reconnaissent pas Nous mourrons avec eux Funérailles des illusions Vieillesse qui se naufrage Dans l'écume du dernier combat Des enfants cruels rient de ce monde Jouent à mêler scorpions et fourmis Et brûlent les survivants Dans la nacre de leur sourire Un enfant soldat Fait sa première communion De feu et de sang Sans acte de contrition Le vieux Sam était fou Il était poète L'alcool et les drogues Ont tué en lui l'indien Je ne garde de lui Que cette image Un vieil homme pleurant Dans un décor A la fin d'un tournage Qui le hante encore Et cet amour de la vie Des femmes et du whisky Et ces temps d'ascèse Quand il filme sa poésie Qui a pris tes bottes Ta selle et ton cheval? Toi qui galopes Dans les plaines éternelles Du sable du Mexique Brûlant comme les larmes Des rires assoiffés
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