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Espace poésie-Slam

Slam des mots démodés...

Nathaniel Ferguson

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<"Des milliards d'individus vivent et meurent sans connaître Shakespeare, Dostoïevski, Rembrandt ou Kafka. Alors que je meure sans me connaître ce n'est vraiment pas grave.">
...
Michel POLAC
June 16

Le Livre des Jours




Tu as dénudé le temps
J'ai vu les jambes du soir
Elles pleuraient dans le noir
Les longs silences distants



En volutes de lumière
Ailes blanches sur pivot
J'en ai humé le pavot
Au long sabbat de sorcière



Une rosée sans matin
D'une conque baptistère
Oh ! Céans ton ministère
Gouttait de ta peau satin



Un don de soi si fragile
Que les givres se brisaient
Mille éclats ivres brillaient
Dans le tourbillon agile



Du feu des reins la fatigue
Posait son regard d'airain
Sur le blanc métal d'étain
Quand mon âme ainsi se ligue



L'alliage de nos deux vies
Désormais liées toujours
Fonde le livre des jours
Que tu pleures , que tu ries



***

Toi qui tous mes voeux exauces



Lent comme un sillon creusant

Blanc de la pâleur d'un mot

Vent, qui sans cesse écrivant

Sur la toile d'un canot

Tu es le creusement pur

D'une ride en clair obscur







Cercle concentrique glissant

Onde d'un songe écarté

Forclusion d'un droit estant

Au tribunal de clarté

Tu es le jugement sûr

Le cachet d'imprimatur







Un mouvement m'épousant

Argile au tour du subtil

Marée pleurant son jusant

Lit découvrant son coutil

Tu es le verbe blessure

Des fils de soi, l'épissure







Trame des drames spirales

L'instinct tout en toi sachant

Distinguant tout en moi les râles

Chantre de mon plain-chant

Tu es, de mon arc, voussure

Autant mortier que fissure





Tête de flèche silex

Au penne, le temps, griffant

Mon dura lex sed lex

Rémige percée d'infant

Tu es dents de diamants durs

Blason des armes d'azurs





Cris, de gorge déployée

D'orge ou de blé la moisson

Pris, de forge embrasée

Fertile senteur, mousson

Tu es sangs des reliures

Livre imprimé de nervures





***

L'Idée d'un Fleuve





Rien qu'une métaphore
En guise de sémaphore
Rien que le cours tranquille
D'une perle d'eau, d'un cil
J'ai eu l'idée d'un fleuve



Courant d'une onde impure
Qui, usant jusqu'à l'épure
L'alluvion sédiment
Fertile de ce qu'il ment
J'ai creusé un long fleuve


Il n'est pas, il n'est plus
Bréviaire d'un absolu
Simplement fatigué
A pieds secs on passe à gué
J'ai pleuré tant ce fleuve



J' en donne le concept
A vous la nef, le transept
Rien ne se perd, se crée
Rien qui ne me soit sacré
J'ai profané mon fleuve



De la crue à l'étiage
Passe et repasse mon âge
S'y rouille mon outil
Mon avenir englouti
Me suis noyé au fleuve



...


Ce pourquoi j'aime tant tes jambes





D'abord et avant tout le modelé. Quand la lumière vient jouer. La caresse photonique, le pixel lissé, la courbe de mon espace-temps qui s'en trouve modifié, tout concourt à l'immanence d'un dessin qui s'oppose à la transcendance d'un dessein.

Elles sont la clef de l'être, sa charpente et son branle, son équilibre et son élégance. Un lien aussi.

Verticalité et angle, accent circonflexe, aigu ou grave qui souligne le chemin improbable qui conduit au triangle divin, bissectrice des désirs.




Que le nylon ou la soie en artifice le galbe, qu'importe. Le collant les enferme jusqu'au sommet du ventre. Il est refus. Il est obstacle aux caresses, distance de la peau, voile imprescriptible qui ne laisse au toucher que la force de son poids.

Le bas quant à lui entrouvre. Il laisse deux couronnes de chair dont il faut aller chercher le contact par un trajet qui soulève, un frisson qui trousse, un graal qui s'offre au bout d'une quête.







Quand elles sont nues il leur faut un drapé. Un souvenir du classique. Un regard pour le percer, une visite. Et le jeu. Celui, incessant, de ce qui se montre ou se dérobe, le tissu comme substitut au geste, je suis alors spectateur des loi physiques. Aux mouvements qui les énoncent, le supplice du hasard perverti de ton bon vouloir convertissent l'envie en fusion, le gravide en liquide, l'attention en soupçon, le soupçon en colère, la colère en damnation achèvent l'alchimie du tourbillon.




Le soleil peut bien en mordorer le grain, les huiles en adoucir la surface, la sueur en donner un goût, la chaleur une atmosphère, le talon aiguille en sculpter l'insolence, le regard seul en fait le piment de l'attente.




Assise quand tu les croises, l'articulation du genou coordonne la subordination de la cuisse au bassin des délices. Et ta main qui se pose au sommet des deux arches entrecroisées, trône comme une fleur coupée, un nénuphar singulier qui s'y enracine.




Alors je finis par trouver le secret sacré. Je sais d'où te vient ton sourire.

Couronne





Il ne me reste plus qu'à mordre le vent
A tordre l'étang des roseaux d'occident
La raison me troue à coups d'effervescence
A creuser mes joues et boire l'impatience



A creuser mes joues et boire l'impatience
Je me suis enivré à tuer le tant
Tant et si bien je vais à l'or feuilletant
Dans un temps plié feint d'une renaissance




Dans un temps plié feint d'une renaissance
La croix rouge sang calice le devant
Devant une scène dont je hais l'absence
Le désert de sans toi tartare souvent




Le désert de sans toi tartare souvent
L'attente rêvant sa propre opalescence
En gouttes d'eau bleues se brûle l'indécence
Il ne me reste plus qu'à mordre le vent



Il ne me reste plus qu'à mordre le vent
A creuser mes joues et boire l'impatience
Dans un temps plié feint d'une renaissance
Le désert de sans toi tartare souvent



***


La Battée





Qui des ormes dira le silence brisé
Ciseau sur l'établi, copeau de chèvrefeuille
Aux confins des oiseaux les sarments oubliés
Gouge qui blesse tant, sève rouge du deuil
Et de ces fruits amers qui portent la rosée
Tenon, frère en mortaise à la saignée du seuil
Quand meurent en gerbes jaunies les blés liés
Un missel déposé sur un petit cercueil




...

En L'Air





Elles dansaient en lames de couteaux
Découpaient mon cœur en larmes de ciseaux...
Leur dune était blanche dans la pénombre
Le fouet de leurs courbes cinglait mes sangs..



Cela me durcissait....
Et quand tes mains de détresses se posaient sur elles,
Elles s'ouvraient en papillon de nuit étoilée
Pour battre au vent du désir
Diaphanes à mes baisers...




...

Fragments




Fragment 1


Je croyais que les herbes folles qui ondulent sous le vent,
jamais ne s'envolent au hurlevent. Je croyais que les semences
du printemps sanctifié offrent sans fin des larmes de bleuets
dans l'océan des blés. Je croyais, de la foi du charbonnier,
je croyais les péchés lavés par la cendre couvée. Je croyais que
jamais ne vieillissent les rires d'enfants, que jamais ne
durcissent les peaux tannées de safran.

Que les robes qui se dérobent m'enrobent de chagrin.
Que la sueur qui me glace enlace mes destins.
Que dans la glace s'esquisse le dessin.

Je croyais que tu n'étais pas possible.Que tu n'existais pas.
Que je t'avais inventée au gré de mes émois, que ma plume
saignait sur le papier, les lignes rouges que les rêves crèvent
aux nuages plombés. Je croyais que sans toi, sans loi je vivrais
d'éternité.
Je croyais être mon unité, en t'ignorant, toi ma moitié.
Je croyais m'en être sorti, mais en moi tu es entrée.
Je croyais te chercher alors que je t'ai trouvée...



Fragment 2


Je n'ai pas de nouvelles de toi, le temps s'ennuie à te savoir absente. Il y a dans l'air
le silence tout chargé de toi qui se devine à brûler ses vaisseaux. Il faut alors toute
l'imagination des manques pour que se forme le début du rêve. Je me prête aux
parfums qui émanent d'alentour comme un feu doux de cuisson. J'ai tes appétits et
tes envies qui me montent aux sens qui s'aiguisent en couteaux de misère. A regarder
le soleil pour savoir s'il te voit, à sentir le vent pour savoir s'il te caresse, à bénir la lumière
pour savoir si elle te dessine je me perds à cuisiner mes madeleines.

Au fond, je t'écris, sans cesse. Comme si les mots avaient du pouvoir, comme si les
lire était incantatoire, comme si les relier tissait la mémoire du futur. Une télé qui ronronne
à travers sa jungle et moi qui la contemple en cherchant la clairière où tu viendrais
poser tes yeux. Le rêve qu'elle soit miroir plutôt que puits m'étreint d'une gorge serrée.
Deux continents dérivent en s'éloignant. Centimètre par centimètre sur un tapis de lave
en fusion, les immenses masses telluriques agitées de tremblements secoussent leur déclin
au rythme de l'inexorable. Il faut demander les failles et les abysses qui nous rapprocheront,
il faut des gouffres en bouches ouvertes pour engloutir l'océan qui se muraille d'horizon.

Fragment 3


J'aime ce que notre amour m'enseigne. Il y a, derrière le sentiment sincère que l'autre
est important, toute cette cohorte de ressentis que nous avons eu la lucidité de
reconnaître. Admettre chez l'autre comme chez soi, tout ce qui se met en jeu, tous
ces mécanismes complexes et intimes et les partager dans une honnêteté qui ne
s'abuse pas de la crédulité du chant des poètes, tout cela conduit à vivre l'amour
non pas comme un renoncement de soi mais une affirmation de soi.

L'idée dictatoriale, selon laquelle l'Amour serait un sentiment sacré, mythique, dans
lequel deux individus (et d'abord pourquoi deux seulement?) devraient se confondre,
et finalement se morfondre dans une minéralisation de la coïncidence à l'idéal constitué
par des siècles de tentatives de modélisation, cette idée est mortifère. Depuis la psychanalyse
le théâtre d'ombres et de lumières est découvert. Les mécanismes narcissiques du désir,
l'extrême conformisme du modèle résiste de plus en plus mal aux vagues pulsionnelles
qui menacent l'ascèse que constitue la gageure d'un amour conforme, domestique,
domestiqué oserai-je dire...

Ce que j'ai appris de toi, de nous, de cet amour vécu, c'est l'harmonie recherchée et
non pas imposée, l'affirmation de soi et pas sa négation, la liberté d'être et ses conflits
nourriciers, le sublime de la construction contrapuntique, tellement plus riche et plus variée
que l'unisson dont la morne lourdeur finit par emplir de vide le quotidien.

Tu m'as prouvé qu'un amour, ça se fabrique. Et qu'il n'existe que dans cette fabrication.
Une fois achevé, il meurt dans l'instant même. Sa vitalité il le puise dans l'incomplétude
l'inassouvissement, la recherche des limites et la constante exploration de sa géographie.
Mais pas la découverte d'un quelconque territoire commun qui n'existe que dans la fiction
de le croire possible, mais bien l'introspection des deux éléments qui sont acteurs de cette
construction.

Le cœur devient alors révélateur. De soi à l'autre et de l'autre à soi. Et c'est de ce ressac
incessant que nait l'écume de nos jours mouillés de l'embrun des larmes de sel. Elles brûlent
et donnent soif. Cette soif inextinguible dont il ne faut pas chercher l'apaisement mais bien
son exacerbation.

Et comprendre l'ultime leçon. Le bonheur n'est en réalité que la somme des efforts pour l'obtenir...




...

Chemins brûlants





Sur les chemins brûlants
Menant aux étés vides
A se ronger les sangs
Et se creuser, gravides
Empourprés et dolents
Pervers et innocents
Leurs deux bouches moroses
Baisers de vies encloses
Mordent les dents de nacre
Le ciel épousant l'âcre



Quand les blés se sont couchés
Sous la poix de leurs envies
Le vent chaud les a crachés
Comme deux pépins ravis
Le chant lointain des feuillages
Aux bosquets des pays mages
Rythmait l'aguet du destin
Sec des restes d'un festin
Et les branches s'étendant
Griffaient l'espace du temps



Le souffle d'un oubli volé
Le chant d'un oiseau protecteur
L'odeur de pluie qui va tomber
Ont bercé leur pauvre Alzeimher
Les blés se sont levés d'un coup
Effacant tous les pas de loup
La terre les a mangé crus
Au creux de ce sillon têtu
Un coquelicot, un bleuet
Veillent sur leurs os à jamais..





***
April 20

Ma Mie, Entends-tu Ma Chaconne? Villanelle





Ma mie, entends tu ma chaconne?




Tambour de guerre chantonne
Pour tout l'amour de mon Roy
Entendez-vous sa chaconne?



Au vent, l'étendard frissonne
Sûr de son droit, de sa loy
Tambour de guerre chantonne



Et la mort, qui s'en étonne
Jette partout son effroy
Entendez-vous sa chaconne?



Je pense à toi ma Mignonne
Dans ma peur, mon désarroy
Tambour de guerre chantonne



Ta couronne de cretonne
Pare mon beau palefroy
Entendez -vous sa chaconne?



Le canon de mon cœur tonne
Et pour tout l'amour de toy
Tambour de guerre chantonne
Entendez-vous sa chaconne?



***


Jacques Callot Les Misères de la Guerre




***

Elle Est Fleur Coupée Qui se Blesse





Son pied nu caressait les herbes
Ses chevilles au vent chaud frissonnaient
Ses genoux qui luisaient, superbes
Entrouverts vers le feu fredonnaient
La chanson des silex si dure
La scansion que le sang innocent
Pulse et bat campagne et cambrure
Indécent compagnon renaissant



Tissant en esprit de ses doigts
Le tissu retroussé de sa robe
Métissant des envies ses lois
Déballant le cadeau que dérobe
L'impudeur au labeur serpent
Et son cri qui se tait de crier
Circonscrit au triangle arpent
Le passe partout serrurier





Ses deux mains de la solitude
En sujets déloyaux enivrés
Explorant implorant l' étude
Du rythme et des efforts délivrés





Aux rayons dorés d'yeux fermés
Le soleil la blesse d'une larme
Des spasmes salés enflammés
Qui viennent démordre son alarme
Meurent en monotone vague
Elle pleure son plaisir secret
Au métal absent de la bague
Qui s'enfouit au creux de son discret



Les roseaux courbés sur sa peine
L'érosion de la paix la fait jouir
De son ventre étreignant l'étrenne
Déjà libre et seule à en mourir
Qui sait de quoi elle a rêvé
Qu'importe le flacon de l' ivresse
Comme un oiseau dès lors crevé
Elle est la fleur coupée qui se blesse...



***


Le Pantoum de l'Ayatollah, avec aquarelle de l'auteur





Certains me disent ayatollah
D'aucuns brandissent de noirs glaives
Ma muse est au jardin d'Allah
Parfumée d'essence de rêves



D'aucuns brandissent de noirs glaives
Et d''acharné il en est un
Parfumée d'essence de rêves
Sur l'autel bleu du grand festin



Et d''acharné il en est un
Le médiocre a la dent féroce
Sur l'autel bleu du grand festin
Je sers l'amour en sacerdoce



Le médiocre a la dent féroce
Il cherche un vieil os à ronger
Je sers l'amour en sacerdoce
Le vent ne me sert qu'à songer



Il cherche un vieil os à ronger
Car le cabot se croit molosse
Le vent ne me sert qu'à songer
Et le temps seul, lui, me désosse



Car le cabot se croit molosse
Debout, il garde un temple vide
Et le temps seul, lui, me désosse
Bien que l'espoir me soit gravide



Debout, il garde un temple vide
Ô ses murs sont sans fondations
Bien que l'espoir me soit gravide
Dois-je ployer en contritions?



Ô ses murs sont sans fondations
Battus par l'ombre des étoiles
Dois-je ployer en contritions?
Pas de croquis avant les toiles?



Battus par l'ombre des étoiles
Rejoint, poussière, l'infini
Pas de croquis avant les toiles?
Ma forme nait du défini



Rejoint, poussière, l'infini
Sans un corps, un os et sans moelle
Ma forme nait du défini
Se pose sur ma muse un voile



Sans un corps, un os et sans moelle
Va au tombeau du cancrelat
Se pose sur ma muse un voile
Certains me disent ayatollah...



***


Image attachée



*


The Macrame Owl Club






*
**
***



Au club de macramé
On y patchwork le temps
Les ventres sont usés
De l'absence des mains



Les vins de courte joie
Vermeillent les étangs
Où s'endorment les eaux
Fétides Waterloo



Les vins de courte vue
Silencent les miroirs
Où les viandes crues
Dandinent leurs pompons



Le fils du temps perdu
La fille aux mains tendues
Tracent au mieux possible
Le loin, le sien, le leur



Viendras-tu la musique
Tout comme l'oiseau mot
Découper le tragique
De la vitre qui pleure



Et le glas qui décompte
Rien que pour un été
La saison qui s'envole
La monnaie de l'obole



Prestation de sévices
Langue qui sait couper
Les malheurs d'artifices
Sentiments distingués



Un par un, ils s'en vont
La peau couleur savon
Le houblon qui demeure
Là où tombent les flèches



Les gris tissus se plissent
Cris multicolores
Les ombres s'en tapissent
Et restent anonymes



Et de cette impuissance
Qui ne peut les nommer
Dévore leur futur
Biffés d'une rature



Être est donc une chose
Avoir, moins qu'un état
La grammaire une arthrose
Il faut choisir son temps



Au club de macramé
On y patchwork le vent
Les ventres sont rusés
De l'absence, demain...




***
**
*

Je t'Ecris de l'Autre Rive





Je t'écris de l'autre rive
Où l'océan qui s'irise
Vient voler dans la lumière
Ce qui reste de poussière
Et ce qui reste de moi
Qui ne vis plus qu'en ta foi



Je t'écris de la dérive
D'un continent qui s'éloigne
D'un long rift mangeur d'esquif
Plaie qui bée en palliatif
Et le vent de tes baisers
Chauffe ma peau d'alizés



Je t'écris pour qu'il t'arrive
Le soleil goutte de sang
Se délitant d'aquarelle
Que les nuages révèlent
Sous le sommeil de ce vin
Dont l'oubli s'avère vain



Je t'écris pour qu'il se rive
Métal de nos feux prochains
Pétale de nos corolles
Et nectar de nos alcools
Au bûcher de nos promesses
A l'autel vert de nos messes



Je t'écris ce qui me prive
De l'odeur de ton remord
Car il faut que je l'inscrive
Que je rennonce à l'esquive
Que je sois fort et puis brave
Quand sur mon corps il se grave



Je t'écris faute de grive
Les merles me sont moqueurs
Leurs chants lentement me percent
Leurs ailes d'ombre me bercent
Leurs nids sont faits de roseaux
Qui chantent tes pleurs d'oiseaux



*
**



Ta Jambe





Ta jambe



Ta jambe qui virgule
Ta jambe déambule
Au vestibule de mes envies



Ta jambe s'épile
Ta jambe s'empile
Au pied de mon mur remaçonné



Ta jambe si douce
Ta jambe qui trousse
Au tissu dérouté, ravaudé



Ta jambe qui m'enjambe
Ta jambe qui gingembre
Fruit confit qui se confie sucré



Ta jambe volage
Ta jambe voilage
Qui me grésille le cœur résille


Ta jambe s'entrouvre
Ta jambe découvre
Le bouton de rouge opalescent



Ta jambe qui glisse
Ta jambe malice
Mille délices remembrement



Ta jambe béante
Ta jambe géante
M'ombre et me hante tous mes esprits



Ta jambe baisée
Ta jambe léchée
Ô blasé ne me laisse jamais



Ta jambe mouillée
Ta jambe lustrée
Qui rame au lit, soie donc dévorée



Ta jambe Marquise
Ta jambe banquise
Qui tourne en rond tout de froid galbée



Ta jambe brûlante
Ta jambe si lente
Arabesque au dessin sibyllin



Ta jambe rétro
Ta jambe Doisneau
Je la prends en photo noire et sang



Ta jambe lame
Ta jambe flamme
Se prend pour l'âme de mon violon



Ta jambe liane
Ta jambe Diane
Savane déclame en vers brûlés



Ta jambe en étau
Ta jambe ciseau
Burine mes mots au marbre blanc



Ta jambe roseau
Ta jambe réseau
Dessine l'espace de l'instant



Ta jambe tombeau
Ta jambe repos
Parenthèse mes rêves finis



***







***

Je Saurai Rester Digne





Je saurai rester digne
Le crane battu aux vents
Quand se creuse le fossé
Qu'il faut serrer les dents



Je saurai rester digne
Un seigneur parmi les gueux
Quand les gueux seront miens
Et que les tambours sonneront creux



Je saurai rester digne
Aux digues des corbeaux
Quand en vagues délétères
Vacilleront les flambeaux



Je saurai rester digne
Comme l'arbre, comme le rocher
Qui se meuvent en résistance
Sous le pic, sous le bûcher



Je saurai rester digne
Comme un vieux cheval
Égorgé, qui glisse sur la dalle
D'un froid carrelage estival



Je saurai rester digne
Comme les cadavres vivants
Nus, sur les tables
Qui prennent les devants



Je saurai rester digne
A panser les égards blessés
A baiser les mains qui se tendent
Quand s'allongent les pas des ombres pressées



Je saurai rester digne
Dans tous les regards
Dans tous les ventres
Des trains de gares



Je saurai rester digne



*
**



Mes Amis, Je Vous Pose la Question





Mes Amis, je vous pose la question
En amour, dans cette noble fonction
Les poètes sont-ils meilleurs amants?
Les poétesses magique potion?
Au jeu de l'amour valent-ils diamants?

Leur plume couche bien sur le papier
Avec talent une savante glose
Mais au combat quel genre de troupier
Sont-ils? Leur arme est-elle, lors, virtuose
Font-ils les mots aussi bien que la chose?
Et la chose aussi bien que l'émotion
Dont-ils savent faire la transcription?
Sont-ce des seigneurs, sont-ce des manants
Donnent-ils plaisir, grande vibration
Au jeu de l'amour valent-ils diamants?

D'un mot, d'une phrase, prendre son pied
Un vers ciselé, une apothéose
Et les sens s' emportent en style pompier
Mais au lit quand menace l'ankylose
Trouve-t-on, perclus, son compte et sa dose?
Et des caresses d'une extrême onction?
Un frémissement de stupéfaction?
Le temps d'un moment des prince charmants?
Ou l'étang d'un tourment, la contrition?
Au jeu de l'amour valent-ils diamants?

Les oripeaux finissent au fripier
Les belles phrases en pétales de rose
Et les plaisirs de chair sont un guêpier
A celui qui sait celer son arthrose
L'ivresse chez lui n'est que couperose
Et l'âge chez elle a fait destruction
Quand tombent les masques en abjection
Ou quand, miracle envoie au firmament
Mais du masque à l'idéalisation
Au jeu de l'amour valent-ils diamants?



*
**
March 23

Cérémonie




Cérémonie




De Champagne un filet s'écoulait sur tes seins
Le temps en cavalier chevauchait nos montures
En rivière il moussait par les quatre chemins
Le printemps scarifié exhalait sa torture
Qui crucifiaient ta peau d'un long ruisseau si froid
Les âmes défroissées se griffaient de douceur
Que ma langue rosée se tenait contre toi
S'empoignaient les oiseaux, vol de martin pêcheur



Cette source j'ai bu, les alcools volatils
Ta jambe était fauve de fureur alizée
Aux vapeurs d'âcreté, fort d'odeurs érectiles
Le nénuphar grisé se perlait de risée
Ont brûlé les fagots des deux bûchers païens
S'irisaient les pistils aux deux lunes de bouche
Aux flammes de santal se libéraient nos liens
A l' incomplet archet d'une viole farouche



Que le vin soit béni, que la vigne prospère
Aux nefs sacrées du cep la serpe est délivrance
Que ta pourpre saigne le suc divin d'éther
Le chant des druides vieux s'étend comme une danse
Que les bulles percent le liquide jauni
Les glands des chênes d'or offerts au sacrifice
Qui meurt dans le creux dru d'un triangle ravi
Graal des preux chevaliers qui cherchent le calice



***

Ballade des Bas de soie




En mil neuf cent vingt, au cœur des Cévennes
Sont nés des bas de soie de jauge fine
Vendus dans un magasin rue de Rennes
Ils glissèrent sur Baker, Joséphine
Entre deux revues nègres, longiligne
Ses jambes de jais se gainaient de doux
Son pied fut par le meurtre de cailloux
Fort blessé en son bel escarpin droit
Furent objet de fureur, de courroux
Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie



Sa camériste recueillit leur peine
Puis raccommoda blessure rustine
Et certains soirs à Saint Denis, La Plaine
Sa tendre amie les mouillaient de cyprine
Ou les empruntaient, au dancing Thirteen
Pour un américain aux cheveux roux
Écrivain de deux sous, lorgnons hiboux
Hélas l'amour n'est pas ce que l'on croit
Elle n'était pour lui qu'oie blanche et joujou
Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie



De désespoir elle épousa la Seine
De son corps s' ôta les soies orphelines
Un policier s'empara de l'aubaine
Le soir les mettant, tuait les routines
Crûment dans les bras d'amants de rapines
Et les soirs de manifs, il était fou
Frappait ainsi gainé de tout son saoûl
Les rouges rageurs luttant pour leur droit
Les bas frémissaient aux cris et aux coups
Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie



Se posa la croix gammée sur Vincennes
De scotch blanc se zébrèrent les vitrines
Et les noirs corbeaux régnaient sur nos plaines
Ce flic hantant un Paris de latrines
Avait, rue Lauriston ses moleskines
Officiait en ravalant ses dégoûts
Pour sauver son âme de ces égouts
Il donna de bon cœur les bas de soie
Elle portait de David l'étoile au cou
Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie



A vingt ans, l'étoile d'or si obscène
Cousue, la rendait cependant divine
C'est en marchant le long des quais de Seine
Qu'on la prit dans une rafle assassine
En trains à bestiaux son destin dessine
Les mâchoires d'un trop immense écrou
Qui la broie d'un effroi de gabelou
Dans la chambre à gaz elle se tiendra droit
Ses bas noirs s'uniront à mil dessous
Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie



Un bourreau les vola , mains de murène
Un russe les prit au nom de Staline
Pour une allemande qui fut sa reine
Dans un Berlin désert brisé de ruine
Ils s'usent, se lustrent ou bien se patinent
Se trouent pour tenter de sortir du trou
Ensemble ils se pendirent au vieux clou
au mur planté, lézardé de gris froid
De sang se tachèrent buvant son cou
Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie




Amnésiques entendez sans tabou
La complainte des bas de soie qui joue
De la mémoire le glas du beffroi
Mangés aux mites, tout couverts de poux
Ô ces bas craignaient tant le pas de l'oie!


Je finirai comme Verlaine



Je finirai comme Verlaine




J'aurai vieillesse grabataire, cancrelat
La barbe miteuse, les yeux sertis de larmes
Allongé dans un lit me servant de tombeau
Je vivrai de miasmes. Décrépit, un vieux bol
Pour des cafés amers, qui m'accompagneront
Luira dans le soir noir, où danseront les ombres


Et deux vieilles putains dépouilleront mes vers
En me les extirpant de caresses perverses
Je hanterai le samu social fourgonné
Je boirai des alcools qui sentiront l'aneth
Je vomirai mon fiel, mes rancœurs mes regrets
J'oublierai la mer, mes mères mortes, les grèves


Le sexe usé, flétri, amnésique d'amants
Le désir racorni, épuisé par les mantes
Thanatos baisera lentement Libido
Les seringues aiguës dévideront leurs doses
Je manquerai de rêve et de souvenirs bleus
Je saignerai sans trêve au cœur des veines creuses


Me viendront des poèmes comme des crachats
Des glaires de vers verts vous blessant comme échardes
Ma langue sera désaxée, tordue, impie
Hallucinée vaste comme sombres empires


Ils me feront prince des poètes trop tard
J'en jouirai dans l'agonie, déjà je m'en targue
Porteront mon squelette en triomphe aux médias
Aux lumières ma peau livide de vieux diable
Consternera les gueux, effraiera les enfants
Verront mes plaies suintantes coulant par mes fentes


Habillant mon suaire j'aurai le diamant
La perle sévère : ton sourire d'amante
Tu seras mon dernier feu, mon dernier émoi
Morte tu seras vivante en mon ciel de moire
On se rejoindra là haut en ultime écho
Faisant des nuages notre immortelle alcôve





Fichier:Paul Verlaine by Ladislas Loevy.jpg
Ladislas Loevy: Verlaine sur son lit de mort

**+**



March 17

Octave







Le baiser se pose ainsi qu'une touche
Sur le vermeil sanglant de tes doux cris
L'ivoire du piano ouvre sa bouche
Au son grave des silences écrits



Sur le vermeil sanglant de tes doux cris
Ma morsure est la mort sûre du temps
Au son grave des silences écrits
Le marteau sans trêve va saccadant



Ma morsure est la mort sûre du temps
De ce meurtre l'agonie se délice
Le marteau va sans trêve saccadant
Les accords harmonieux de son éclisse



De ce meurtre l'agonie se délice
D'une étreinte mortelle à ce désir
Les accords harmonieux de son éclisse
Retentissent, sonnant le mot gésir



D'une étreinte mortelle à ce désir
Mon ventre te donne des coups de grâce
Retentissent, sonnant le mot gésir
Les octaves cinglant dans l'air leur trace



Mon ventre te donne des coups de grâce
S'enflamme, de ton pubis le rubis
Les octaves cinglant dans l'air leur trace
Et s'éteignent en de sublimes sourdines



S'enflamme, de ton pubis le rubis
Brûlant en larmes de feux et d'envies
Et s'éteignent en de sublimes sourdines
Au chevalet de table d'harmonies



Brûlant en larmes de feux et d'envies
Le plaisir de nos corps enfin s'accouche
Au chevalet de table d'harmonies
Le baiser se pose ainsi qu'une touche





La Leçon de piano. Jane Campion 1993




 


***

March 15

Kabbale














µµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµ





Je puise et je m'épuise
Aux Orphées de la nuit
Des rêves qui se brisent
En d'étranges saillies



Je roule et je m'enroule
A la roue d'Ezéchiel
La chrysolithe coule
En larmes de ciel



La Genèse s'écrit
Sur le pourtour d'un œuf
Séphiroth retranscrit
Couronne d'un plus neuf



Car l'harmonie de l'être
S'exprime par les nombres
L'Un divisé fait naître
Et le monde et ses ombres



L'ombre idéale éclaire
L'amphithéâtre divin
Lucifer en enfer
Est devenu Malin



Bien malin qui peut dire
Si le rempart tiendra
Dualité de cire
Cachet de l'au-de-là



Au matin l'hypostase
Éclaire le débat
En mystiques extases
Au repos du Shabbat





µµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµ


« Vere, Tu es Deus absconditus,
« Deus, Israël. »
(Isaïe, 45, 15)





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Il te Suffit d'être, Ontologie







Il te suffisait d'être
Ornement
Pour que le vent soit maître
Du levant
Que la lumière naisse
Aubes blanches
D'une robe qui blesse
Tes deux hanches
Comme des oiseaux blancs
libérée
Filant la harpe des vents
déclamée



Il te suffit d'être
Si souvent
Pour voir se soumettre
Tous mes sangs
En cœur d'allégresse
La revanche
D'un lin qui se tresse
Et s'épanche
Calme d'un étang
Apaisé
Au soir qui s'étend
Si grisé



Il te suffira d'être
De tout temps
Solide comme un hêtre
le défiant
Insensible aux détresses
cœur étanche
Bel ange ma diablesse
qui déclenche
D'un magnétique aimant
attisé
L'âme d'un mouvement
attiré



Il nous suffit d'être
simplement...



**********

Murmure intérieur





Murmure intérieur




Moi le poème audacieux
J'entre en toi, dans ton silence
Comme on entre dans les cieux
Là où le cœur bat, s'élance



Et me voilà dans ta tête
J'y pulse sept fois par vers
A un rythme qui s'entête
A te prendre par revers



Intimidé, je découvre
Dedans ton fort intérieur
La vieille porte qui s'ouvre
Et qui mène vers le cœur



Ton regard me fait survivre
Le temps de ton attention
Je te lis comme en un livre
Et je me livre en passion



Et j'entrevois tes secrets
Les pleurs autant que les rires
Lecture chargée d'effets
M'habillant donc de leur cire



Ce que je donne en parfums
Couleurs à peine esquissées
Tu le prends à tes fusains
Dessin de lignes lissées



Et je vis ma plénitude
Dans l'intention que tu portes
Au bout de la solitude
Qui vers l'autre nous transporte



Mais le temps vient, de ma fin
Je vais mourir en ton creux
Et ta mémoire m'éteint
Même si je ne le veux...



Relis moi, je renaîtrai
Comme une voix familière
Oublie moi, je disparais
Comme un souffle délétère



Non ! Je ne veux pas mourir!
Mon auteur est trop cruel
Il m'abrège pour sortir
De sa pauvre ritournelle



Sauve moi lecteur ! Licteur!
Mon sort est entre tes mains
Car si tu m'apprends par coeur
Je vivrai encor demain...




...

A tribute to Sam Peckinpah










A tribute to Sam Peckinpah
1925-1984





Au rythme des ralentis
Dans un crépuscule qui s'avance
Le vieil ouest s'éteint
Dans une gerbe de sang



Des hommes usés jusqu'à la corde
Tout juste bonne à les pendre
Marchent vers le couchant
Les armes à la main



Anarchistes et matamores
Nihilistes jusqu'à la mort
Qu'ils épousent debout
Au chant de l'effort



La tristesse d'un temps agonise
La nostalgie n'est pas de mise
Juste les tambours de la fin



Broyés par un monde qui s'avance
Et qu'ils ne reconnaissent pas
Nous mourrons avec eux
Funérailles des illusions
Vieillesse qui se naufrage
Dans l'écume du dernier combat



Des enfants cruels rient de ce monde
Jouent à mêler scorpions et fourmis
Et brûlent les survivants
Dans la nacre de leur sourire



Un enfant soldat
Fait sa première communion
De feu et de sang
Sans acte de contrition



Le vieux Sam était fou
Il était poète
L'alcool et les drogues
Ont tué en lui l'indien



Je ne garde de lui
Que cette image
Un vieil homme pleurant
Dans un décor
A la fin d'un tournage
Qui le hante encore



Et cet amour de la vie
Des femmes et du whisky
Et ces temps d'ascèse
Quand il filme sa poésie



Qui a pris tes bottes
Ta selle et ton cheval?
Toi qui galopes
Dans les plaines éternelles
Du sable du Mexique
Brûlant comme les larmes
Des rires assoiffés


 




 
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